Polymères oxobiodégradables

On rappelle que l’oxobiodégradation est une approche qui permet de traiter le problème des déchets plastiques dispersés dans l’environnement sans être récupérable avec pour seule fin la protection de milieux environnementaux. Cette technique est actuellement adaptée au traitement des films élaborés en polyoléfine (surtout PE).
La mention « oxobiodégradable » apparaissant sur des films d’emballage est très souvent incorrecte, les propriétés requises pour mériter une telle mention n’étant pas expérimentalement avérées. Le CNEP est susceptible de contrôler les propriétés de dégradation abiotique et les propriétés de biodégradabilité acquise des films en formulations finales qui permettent de certifier la bonne qualité des ces films.

Certification des propriétés de dégradabilité abiotique
Un film oxobiodégradable, élaboré en PE, qui n’a pas vocation à être dispersé dans l’environnement, mais qui peut l’être accidentellement à flux néanmoins limité, doit présenter les comportements suivants:

Critère 1 : Le produit ne doit pas présenter de variations de ses propriétés fonctionnelles (propriétés mécaniques en particulier) pendant la période de stockage et d’usage à l’intérieur pendant 1 an.
La détermination des énergies d’activation de l’oxydation thermique, dans la période d’induction pendant laquelle seuls les additifs introduits inter-réagissent, a permis de montrer qu’un essai de laboratoire de thermooxydation à 60°C d’au moins 400 heures permet de garantir cette durabilité d’un an à température ambiante et sous lumière visible.
Le critère n°1 consiste donc à vérifier que l’oxydation du produit présente une période d’induction au moins égale à 300 heures à 60°C dans une étuve aérée (si le temps de stockage doit être supérieur à 1 an, la période d’induction doit être augmentée proportionnellement à la durée de stockage)..

Critère 2 : Le produit, dispersé accidentellement dans l’environnement, est alors soumis aux UV(λ >305 nm), à la chaleur et à l’oxygène. Une photooxydation rapide, accélérée par un photoinducteur, doit alors intervenir. Cette photooxydation rapide est contrôlée par une exposition en enceinte SEPAP 12.24 fonctionnant avec une lumière filtrée à λ > 305 nm, avec une température de surface exposée contrôlée à 60°C et sans projection d’eau externe.
Dans ces conditions d’exposition, le produit :

doit présenter une période d’induction photochimique égale au plus à 30 heures. Pendant cette période d’induction, les stabilisants doivent disparaître complètement sans entraîner de consommation notable du photoinducteur et du thermoinducteur (ce dernier sera utile dans la phase suivante) ;

doit présenter, 100 heures après la fin de la période d’induction, un niveau d’oxydation tel que les propriétés mécaniques soient complètement dégradées et que le produit se fragmente spontanément (c’est-à-dire sans application de contraintes mécaniques extérieures). Pour que cette photo-fragmentation spontanée se produise, il faut que le niveau d’oxydation soit tel que la teneur relative en groupements oxydés acides corresponde à un accroissement d’absorbance à 1715 cm-1 devant se trouver dans une fourchette x / 100 ± 20% où x est l’épaisseur du produit exprimée en microns.

S’il en est ainsi, la fragmentation spontanée du film interviendra en conditions naturelles en environ 3 mois.
Le critère n°2 est donc :

période d’induction photochimique = 30 heures en enceinte SEPAP 12.24 ;

accroissement d’absorbance à 1715 cm-1 dans une fourchette x/100±20% induit par une exposition de 100 heures après la fin de la période d’induction photochimique.

Critère 3 : La fragmentation spontanée d’un produit n’est pas considérée comme un phénomène suffisant en termes d’environnement, bien que cette fragmentation élimine le problème des déchets visuels et surtout de la macrotoxicité en milieux marins. Les fragments de PE doivent subir, à l’abri de la lumière et, par exemple, dans le sol, une thermooxydation à température ambiante suffisamment rapide et avancée pour que cela leur permette d’acquérir une biodégradabilité avérée.
La thermooxydation des fragments de PE doit être accélérée par un thermoinducteur et le contrôle de cette thermooxydation induite est effectué en étuve aérée. La thermooxydation est effectuée en étuve aérée à 60°C, les fragments ayant subi au préalable une photooxydation de 100 heures en SEPAP 12.24 ( λ > 305nm, 60°C). Le niveau d’oxydation des fragments devra être au moins égal à celui correspondant à un accroissement d’absorbance à 1715cm-1 égal à 3x/100 (où x est l’épaisseur en microns des fragments) après une durée de thermooxydation d’environ 300 heures en étuve aérée à 60°C. Compte tenu du fait que les énergies d’activation sont de 10 kcal/mole dans la période d’induction en thermooxydation et de 25 kcal/mole dans la période de thermooxydation induite ; 300 heures à 60°C doivent être équivalentes à 2 ou 3 années de séjour dans un sol.

Le critère n°3 est donc :
Accroissement d’absorbance à 1715 cm-1 au moins égal à 3x/100 (où x est l’épaisseur en microns du produit examiné) après pré-photooxydation de 100 heures au plus en enceinte SEPAP 12.24 et thermooxydation de 300 heures à 60°C.

Les trois critères doivent être satisfaits pour remplir le cahier des charges, le fait d’être conforme à ce cahier des charges permet d’amener le produit dans un état de dégradation permettant sa bioassimilation par des microorganismes.

Contrôle de la biodégradabilité acquise

Les films de PE satisfaisant à ces 3 critères d’oxydation peuvent être soumis à un test de biodégradabilité acquise et sont les seuls films admis à subir ce test dans le protocole de certification
Ce protocole , décrit dans l’accord l’AFNOR AC T51-808 est basé sur des dosages d’ATP et d’ADP. La quantité d’ATP présente dans une cellule dépend à chaque instant de son activité métabolique. Le dosage de l’ATP est une technique reconnue employée pour estimer la quantité de biomasse microbienne et en conséquence, elle quantifie sa croissance ou le niveau de biomasse active qui est maintenue. Le dosage de l’ATP est basé sur la réaction de la luciférine avec la luciférase (issue des lucioles), qui intervient en présence d’ATP libre. De la lumière est émise pendant cette réaction. Dans des conditions optimales, un photon est produit par molécule d’ATP. La lumière ainsi émise est mesurée à l’aide d’un photomètre (ou luminomètre) et la quantité de lumière est exprimée en unités de lumière relative (RLU). La concentration en ATP d’un échantillon est ainsi calculée à l’aide d’un facteur de conversion.
Les particules de films oxydés doivent servir de nutriment à des microorganismes pendant une durée de 3 mois en conditions de laboratoire. Les prélèvements et les dosages d’ATP sont réalisés au lancement de l’essai puis après 4 jours, 8 jours, 12 jours, 30 jours, 45 jours, 60 jours, 75 jours et 90 jours. Le protocole initial impliquait des dosages après 120 et 180 jours, des études complémentaires effectuées en 2015-2016 à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand ont montré qu’il était inutile de prolonger le biotest au delà de 3 mois.
Les dosages d’ADP viennent en complément et sont réalisés à la demande.
Les microorganismes choisis sont de type Rhodococcus rhodochrous. Cette souche est disponible sous la référence ATCC ® 29672 TM). L’incubation est effectuée avec les microorganismes dans une solution aqueuse à laquelle sont ajoutés les oligo-éléments nécessaires aux micro-organismes, dont la composition est donnée dans le Tableau 1.
Des dosages d’ATP sont réalisés régulièrement au cours des 3 mois d’étude par luminométrie. Un ratio [ATP] avec polymère/ [ATP] sans polymère supérieur ou égal à 3 a été choisi pour qualifier un polymère de bioassimilable.
Un test de viabilité est réalisé après les 90 jours d’incubation (remise en culture sur gélose TS des flacons de test et observation visuelle après quelques jours de croissance).
La concentration en fragments du matériau polymère dans le milieu de culture est fixée au lancement de l’expérience à 5 mg·ml-1 ± 5 % et celle des bactéries est fixée à environ de 104 cellules par millilitre de milieu de culture.
Tableau 1 — Composition du milieu de culture pour d’incubation
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Le schéma ci-dessous résume la méthode d’essai de biodégradabilité utilisée au CNEP  et qui a été mise au point en collaboration du CNEP avec l’équipe SEESIB (Synthèses et Études des Systèmes à Intérêt Biologique)
Microsoft Word - ME014 OXOBIODEGRADABILITE.doc

Ci-dessous est présenté à titre d’exemple le dosage d’ATP mesuré pendant 6 mois pour un polyéthylène considéré comme potentiellement biodégradable
Microsoft Word - ME014 OXOBIODEGRADABILITE.doc

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

I. Revues internationales scientifiques

1. Arnaud R, Dabin P, Lemaire J, Al-Malaïka S, Scott G, Fauve A and al “Photodegradation and biodegradation of commercial photodegradable polyethylenes” Polymer Degradation and Stability Vol 46, 1994, pp211-224

2. Koutny M, Sancelme M, Dabin C, Pichon N, Delort A-M, Lemaire J “Acquired biodegradability of polyethylene containing pro-oxidant additives” Polymer Degradation and Stability Vol 91, 2006a, pp1495-1503

3. Koutny M, Lemaire J, Delort A-M
“Biodegradation of polyethylene films with pro-oxidant additives” Chemosphere 2006b, Vol 64, pp1243-52

4. Fontanella S, Bonhomme S, Koutny M, Husarova L, Brusson J-M, Courtavault J-P, Pitteri
S, Samuel G, Pichon G, Lemaire J, Delort A-M
“Comparison of the biodegradability of various polyethylene films containing prooxidant additives”
Polymer Degradation and Stability Vol 95, 2010, pp1011-1021

5. Fontanella S, Bonhomme S, Brusson J-M, Pitteri S, Samuel G, Pichon G, Lacoste J, Fromageot D, Lemaire J, Delort A-M
“Comparison biodegradability of various polypropylene films containing prooxidant additives based on Mn, Mn/Fe or Co”
Polymer Degradation and Stability Vol 98, 2013, pp875-884


II. Revues de grande diffusion pour l’industrie

1.Lemaire J
« Vers un contrôle effectif des polyéthylènes additivés » Plastiques et Caoutchoucs Magazine n° 859 juillet 2008

2. Lemaire J, Bonhomme S
« Oxobiodégradable, une mention qui se mérite »
Plastiques et Caoutchoucs Magazine n° 868 juillet-août 2009

3. Lemaire J, Delort A-M, Fromageot D, Lacoste J, Fontanella S
« Hydrobiodégradables et oxobiodégradables »
Plastiques et Caoutchoucs Magazine n° 898 novembre 2012

III – AFNOR Agreement
“Assessment of oxobiodegradability of polyolefinic materials in the form of films” AC T51-808 – March 2012.

IV – Participation aux réunions et colloques

1. « Oxobiodégradation de polyéthylène » Lemaire J.
– Québec – 2 juin 2006
– Salon de l’emballage – Paris – 25 novembre 2006.

2. « Dégradation abiotique et biodégradation du PE » Lemaire J. et Delort A.M.
– Rabat – 4 juin 2007

3. « Prediction of the fate of oxobiodegradable polymers in abiotic conditions » Lemaire J.
– Fundamental and applied aspects of oxobiodegradation- Clermont-Ferrand –
1er avril 2010.

4. « Oxobiodégradation des polyolefines : dégradation abiotique et biodégradation » Lemaire J.
– Journée de l’Innovation – CFP Lyon – 20 octobre 2011.

5. «Assessment of oxobiodegradability of polyolefin materials in the form of films» Fromageot D., Fontanella S., Lacoste J., Lemaire J. and Delort A.M.
– Polyolefin Additives 2013 – Düsseldorf – 10-12 septembre 2013.

Sociétés disposant de formulations de films oxobiodégradables conformes à l’accord AFNOR AC T 51-808 certifiées par le CNEP

CNES, (Ballons stratosphériques en projet), Toulouse, France
ENERPLASTICS, Dubai, Emirats Arabes Unis
POLYMATERIA, Londres, Grande-Bretagne
RESCOLL, Pessac, France
SETAS, Çerkezköy, Tekirdag, Turquie
POLYTEK Innovation-SPHERICAL, Sarreguemines, France
SYMPHONY Environmental, Borehamwood, Grande-Bretagne

Information des milieux politiques

Lettre à Mr Viottorio Prodi


M. Vittorio PRODI
Parlement Européen
Bât. Altiero Spinelli – 15 G 253
60 rue Wiertz
B-1047 Bruxelles
Belgique

Aubière, le 19 décembre 2013

Dear Mr Prodi,

I am referring to the European Commission recommendation, based on your draft, to ban beyond 2020 any oxo-degradable or oxobiodegradable bag. I have been active in research in the domain of Photochemistry and Polymeric Materials Ageings for 53 years and I am still active, I do ascertain that this recommendation is essentially based on wrong political, commercial or passionate opinions not supported by any experimental serious data and on reports written by non-expert structures using only a literature survey (like Loughborough University and DEFRA, OWS, TCKT) and easily disqualified.

I have been a photochemist since 1960, created in 1978 a Photochemistry Lab at the University of Clermont-Ferrand (France), associated to CNRS in 1981, and created Centre National d’Evaluation de Photoprotection (CNEP) in 1986 as a subsidiary of our University (95 % as shareholder).

We develop an approach for the prediction of the fate of polymeric ageings in use conditions and especially in outdoors conditions which was approved in 2012 by ISO 10640. In the eighties, photo-fragmentable films were asked for the safe of environment, with the objective of controlling the visual pollution and the macrotoxicity in the marine environment. Since 2005, “oxobiodegradable films” were designed through the collaboration of CNEP and the SEESIB Lab (Synthèse et Etude de Systèmes à Intérêt Biologique) at the University of Clermont-Ferrand with the objective that the controlled photofragmentation should be followed by thermooxidation out of light within 3 years, for example in soil, to acquire some biodegradability, that oxobiodegradability being ascertained by a biotest scientifically designed and used in fully controlled conditions (and which should be opposed to the empirical EN 13432 approach). The proximity between a CNEP specialized in abiotic degradation and a SEESIB lab specialized in bioconversion with selected microorganisms is fairly unique in the world.

The European Commission has the objective, since many years, to handle plastic wastes only through valorisation (recycling, compost, incineration) and was not interested by the accidental or continuous scattering of non collectable plastic wastes into the environment. The various sections of Plastics Europe Association follow that political objective. In 2011, the European Commission informed us that she had no data on the fate of polymers submitted to the physical chemical environmental stresses, we answered telling the Commission that we had many data since at least 40 years ! In 2012, a “Green Paper on an European Strategy on Plastic Waste in the Environment” was written by “Bio Intelligence Service” in Paris. Surprisingly, the authors omitted to quote our long-term work, although they received the information forwarded in 2011 to the European Commission. We addressed personal critics to that Service and we forwarded again to Europe a file. I was again badly surprised to read in Journal Officiel de L’Union Européenne dated 5.12.2013 the wrong statements about oxobiodegradable films, indicating the oxobiodegradable films were only oxo-fragmentable (like in 1980) and were perturbating recycling operations when added beyond 2 % (TCKT report). Mr. R.L. VALCARCEL claimed that detached research should be carried out in this domain, we are active in the field since at least 15 years (including an European contract entitled Degrad-plastics).

Our protocol for the evaluation of the abiotic and biodegradation properties of real “oxobiodegradable” films is now set for at least 3 years and approved by the French AFNOR agreement AC T51-808. That protocol is far ahead of ASTM protocol or BSI standard. It is applied in France, Turkey, U.K., in the Middle East, it will be applied in Africa, indeed disqualifying a lot of oxobiodegradable badly formulated (in our first approach we elaborated 419 formulations to certify only 7-8). This protocol will be proposed to CEN.

I will be very pleased if I could inform you properly on oxobiodegradable materials (we are working also on hydrobiodegradable materials). We are organizing on 9-10 April 2014 a meeting on oxobiodegradable materials, I join the corresponding documentation.

I do hope you will consider seriously my letter. In any scientific domain, in case of disagreement, you should oppose experimental results to experimental results, it is not the situation in the domain of oxobiodegradation of polymeric materials.

Looking forward to receiving some response,

Sincerely yours,

Prof. Jacques Lemaire,
Scientific Head of CNEP,
Direct line 33 4 73 40 71 68
j.lemaire@cnep-ubp.com

Lettre à Mr Arnaud Leroy -1


Monsieur Arnaud LEROY,
Député de la 5ème Circonscription des
Français de l’Etranger

Aubière, le 13 janvier 2014

Monsieur le Député,

Chercheur universitaire actif dans le domaine de la dégradation des matériaux polymères, en particulier dispersés dans l’environnement, je me permets de vous « interpeller » sur le projet de loi sur l’interdiction des matériaux oxo-fragmentables que vous souhaitez déposer.

Si la loi est conforme à son titre, elle est parfaitement compatible avec toutes les données scientifiques que nous collectons depuis des dizaines d’années. Dans les années 1980, on nous demandait pour la protection de l’environnement de provoquer la photofragmentation des films, filets, fils… polymères pour éliminer les pollutions visuelles des déchets plastiques et surtout pour éliminer la macrotoxicité de ces déchets dans les milieux marins. A cette époque, on disposait d’oxo-fragmentables tout à fait acceptables. Trente ans après, on n’accepte plus de répandre dans l’environnement des fragments accumulables et cela est raisonnable, et la loi sous ce titre est tout à fait recevable. Encore faudrait-il confiner cette loi aux matériaux polymère souples pour l’emballage… car tous les polymères peuvent être considérés comme des oxo-fragmentables, l’oxydation entraînant la dégradation des propriétés mécaniques de tout polymère.

Depuis une quinzaine d’années, les polymères de type polyolefines (employables dans l’emballage plastique) ont été convertis en oxobiodégradables, ceci signifiant que les particules résultant d’une première fragmentation (souvent photochimique c’est à dire sous lumière) continuaient à s’oxyder hors lumière pendant quelques années (3 ans sur l’accord AFNOR AC T51-808) pour atteindre un niveau à partir duquel elles devenaient bioassimilables. On doit alors parler de biodégradabilité acquise qui peut être avérée dans le biotest que nous avons mis au point dans une collaboration ente le CNEP, spécialiste en dégradation abiotique (hors microorganismes) et le SEESIB, un laboratoire du CNRS spécialisé en activité des microorganismes. A noter que CNEP et SEESIB sont 2 structures de l’Université de Clermont-Ferrand et qu’une telle juxtaposition est unique sur le plan mondial. Nous avons donc pu établir un protocole expérimental permettant de bien évaluer les propriétés abiotiques et bio des oxobiodégradables… et disqualifier aussi bon nombre de matériaux dits oxobiodégradables et qui ne l’étaient pas vraiment.

Mais il faut insister sur le fait que la biodégradation acquise des oxobiodégradables (qui n’existe pas au niveau des oxo-fragmentables) ne peut pas être facilement avérée par la norme européenne EN 13432, une méthode très empirique proposée pour les quelques matériaux de type polyester hydrobiodégradables par les sociétés industrielles produisant ces matériaux (NOVAMONT, BASF …). Cette norme n’est acceptable que pour les polymères hydrobiodégradables car les conditions expérimentales sont si mal définies qu’il est nécessaire d’utiliser en même temps que le polyester à évaluer, une substance de référence qu’est la cellulose, qui se dégrade selon le même mécanisme que le polyester. Une telle substance de référence n’existe pas dans le cas des oxobiodégradables. C’est la raison pour laquelle il apparaît nécessaire d’évaluer la biodégradabilité acquise des oxobiodégradables par le biotest cognitif que nous avons mis au point. A noter que le biotest de l’accord AFNOR AC T51-808 est en fait déjà utilisé sur le plan international (UK, Canada, Turquie, Emirats Arabes Unis…).

En 50 ans d’activité scientifique, je n’avais jamais rencontré un domaine aussi particulier. Généralement en sciences on oppose résultats expérimentaux et résultats expérimentaux. En oxobiodégradation, on oppose aux résultats expérimentaux, que nous avons acquis dans les 10 dernières années, des opinions souvent basées sur des rapports techniques de faible qualité émanant de structures qui n’ont pas de réelles expertises dans ce domaine (rapports de Loughborough University, DEFRA (UK), OWS, TCKT…).

Bien entendu, je suis prêt à vous informer complètement sur tous les aspects du domaine de l’oxobiodégradation. C’est d’ailleurs dans le souci de communiquer une information correcte que nous allons organiser à Clermont-Ferrand, les 9 et 10 avril 2014, une réunion sur les matériaux oxobiodégradables (cf. plaquette de présentation ci-jointe). Je serais très heureux de vous voir participer à cette réunion.

J’espère que la lettre que je vous adresse ne restera pas sans réponse et qu’il sera possible d’éviter de promulguer une loi qui ne tiendrait pas compte de tous les progrès scientifiques et techniques, et qui mettrait aussi en évidence un défaut d’expertise nationale.

Je vous prie de croire, Monsieur le Député, à l’expression de mes sentiments distingués.

Prof. Jacques Lemaire,
Directeur Scientifique du CNEP

Lettre à Mr Arnaud Leroy -2


Monsieur Arnaud LEROY
Député de la 5ème Circonscription
des Français à l’Étranger

Aubière le 5 mai 2014

Monsieur le Député,

Je vous ai déjà adressé, le 13 janvier 2014, une lettre à propos de votre projet de loi sur l’interdiction des sacs oxofragmentables, lettre à laquelle vous avez répondu aimablement.

Vous pouvez prendre connaissance des présentations faites à la réunion que nous avons
organisée les 9/10 avril 2014, à Aubière, sur le thème des matériaux polymères oxobiodégradables .

Cette réunion a réuni sur le plan mondial 60 personnes spécialisées dans la recherche, dans la production de mélanges maîtres prooxydants et dans l’exploitation des polymères oxo-bio- dégradables. Le contre point de l’Europe a été présenté par PlasticsEurope sans paraître très réaliste.

Ceci étant, ayant le texte de votre projet de loi sous les yeux, je me permets de vous livrer les quelques commentaires suivants paragraphe par paragraphe.

Page 4, §3
Les films oxobiodégradables, convenablement formulés ne sont pas biodégradables en quelques mois. Ils se fragmentent en 2-3 mois en s’oxydant sous l’action de la lumière solaire, de la chaleur et de l’oxygène atmosphérique, puis continuant à s’oxyder, hors lumière, pendant 3 ans, pour atteindre l’état oxydé requis pour que la biodégradabilité s’amorce.
A partir de ce stade on ne prévoit pas le devenir de tout matériau biodégradable (hydrobiodégradable comme ceux correspondant à la norme 13432 ou oxobiodégradable) car on ne connaît pas la nature, l’activité et la concentration des microorganismes présents dans la zone où se trouveront les particules oxydées pas plus que les caractéristiques physico-chimiques de cette zone dans l’environnement. Toute biodégradabilité de polymère est une biodégradabilité potentielle établie en conditions de laboratoire, toute autre affirmation reste hors du domaine scientifique.

Page 4, §5
Dans les cas de polyéthylènes et polypropylènes additivés pour être oxobiodégradables, on connaît la nature de tous les groupements oxydés et composés oxydés qui se forment au sein de ces polyoléfines et aucun n’est toxique.
Les sels métalliques n’ont pas de toxicité avérée et nous avons prouvé que les sels de cobalt souvent mis en cause n’ont pas de toxicité à des teneurs au moins dix fois supérieures aux teneurs utilisées dans les films oxobiodégradables. Et l’on n’évoque pas la dilution atteinte dans les sols ou milieux marins.

page 4, §6
Comme expliqué dans le premier commentaire, l’affirmation présente est tout à fait erronée. L’application du protocole que nous avons mis en place dans l’accord AFNOR AC T51 808 permet de prouver le contraire semaine après semaine.

Page 4, §8 et page 5, §1
Les preuves expérimentales prouvant le caractère dangeurreux des polyoléfines oxobiodégradables sont extrêmement ténues.
Alors qu’il existe de nombreuses campagnes de collecte de débris plastiques dans les mers ou océans il est rare de lire un compte rendu sur l’analyse de la composition des particules récupérées et surtout sur l’état d’avancement de leur oxydation (discussion récente avec l’IFREMER).
Quand un organisme récupère des sacs plastiques « oxofragmentables » dans les milieux marins il n’ a généralement ni les moyens ni les connaissances pour reconnaître la nature et les teneurs des additifs présents dans ces films, donc pour qualifier les sacs récupérés.

Page 5, § 3 et 4
Cette affirmation repose sur un rapport présentépar le TCKT (Transfer Center for Kunststoffe Technik – 4600- WELS- Autriche) décrivant un travail de très faible qualité réalisé à la demande de l’Association Européenne des Recycleurs de Plastiques. Selon ce rapport plus de 2% des sacs oxobiodégradables perturberaient une filière de recyclage. Non seulement les évidences expérimentales sont discutables (et ont été discutées) et les résultats incroyables (perturbation par quelques 4 ppm de métal !). Les sacs perturbateurs (n’)étaient (pas ?) pour trois d’entre eux des polyéthylènes biosourcés (non oxo) et le 4ème pouvant être un sac oxo mal qualifié, cet organisme ne sachant pas correctement qualifier ces sacs oxobiodégradables.

Page 5, §6
Une norme européenne hybridant le protocole BSI et le protocole AFNOR est en préparation auprès du BSI (British Standard Institute).

Page 5, §8
Affirmation purement gratuite

Page 6, §1
Nous avons rencontré l’ADEME (Mr Roland Gérard, Chef Adjoint du service BIORESSOURCE, tel 0241914016) le ? 2014 pour l’inviter à ne pas poursuivre une communication inacceptable sur les oxobiodégradables, l’ADEME les qualifiant depuis longtemps d’oxofragmentables.
Nous avons reçu, en particulier de Roland Gérard, un accueil attentif. L’ADEME estimerait aujourd’hui être au début d’une histoire à reconsidérer et nous incite à analyser de façon détaillée le comportement des oxobiodégradables (OBD) dans les milieux marins. Contact a été pris récemment avec l’IFREMER. Il est vrai que les milieux marins sont plus favorables aux oxydations des OBD que les sols (exposition permanente à la lumière et à l’oxygène atmosphérique ; films surnageant à cause de leur densité contrôlée).

Page 6, §2
L’oxobiodégradation traite du problèmes des déchets plastiques non collectables, dispersés dans l’environnement accidentellement ou chroniquement ; ces déchets n’ont pas vocation à être compotés et ne le seront que par défaut d’affichage.

Page 6, §3
A ma connaisance pratiquement aucun produit importé ne peut revendiquer la quaité d’oxobiodégradable bien formulé. Nous recevons, par exemple actuellement des produits chinois formulés plus ou moins correctement avec des mélanges maîtres d’origine canadienne ou européenne.
Une approche correcte de la technologie de l’oxobiodégradation n’est pas encore mise en œuvre en Asie, Afrique et Amérique du Sud, … mais elles seront mises en œuvre relativement rapidement (si des émissions radiophoniques du style de celle récente de RFI avec des intervenants non experts continuent de désinformer les milieux industriels locaux).

Ce projet de loi appelle donc beaucoup de commentaires car il s’oppose à beaucoup de connaissances scientifiques et techniques bien acquise et bien acceptées sur le plan international.

J’espère faire œuvre utile en vous adressant cette lettre. Je suis bien entendu prêt à vous accueillir au CNEP pour des explications orales encore plus convaincantes.
Dans cette attente je vous prie de croire Monsieur le Député, à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Professeur Jacques Lemaire, directeur scientifique du CNEP.

Lettre de Mme Catherine Day


cday

Quelques réactions extérieures

Recycling International

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Researchers slam oxo-biodegradable ‘misinformation’
November 14, 2014 by Editorial Staff
Europe: The European Commission has no data on non-collectable plastic waste – nor does it appear to wish to obtain any, according to France’s Centre National d’Evaluation de Photoprotection (CNEP). The institute believes this situation ‘does not facilitate the development of biodegradable polymeric materials’ and is warning of the dangers of ‘erroneous information’ regarding oxo-biodegradables.
‘It seems that the European Commission plans to deal with the problem of plastic waste only by approaches like recycling, composting or incineration,’ say CNEP researchers Jacques Lemaire, Dominique Fromageot and Jacques Lacoste. They argue that non-collectable plastic waste is ‘not recognised’ by the European Commission, which envisages the total disappearance of plastic waste from the year 2050.
Recently, the European Parliament considered banning oxo-biodegradables altogether on the basis of ‘not very expert reports’, the researchers contend. ‘Fortunately, this misinformation is effective only in Europe and oxo-biodegradables are experiencing normal development in Turkey, in the Middle East, in Africa, in China, in South America and North America.’
CNEP identifies and comments on a number of ‘negative’ assertions often made in relation to oxo-biodegradable plastic bags:
– ‘Oxo-biodegradable polymers are only oxo-fragmentable.’ This view is disseminated by several technical centres which are not specialists in this technology, the researchers argue.
– ‘Oxo-biodegradable polyethylene films (thus, correspondingly, plastic bags) are unsuitable for recycling with polyethylene.’ This opinion results from a study report showing that, in three cases out of four, the introduced materials were biosourced polyethylene which is not oxo-biodegradable; in the last of these cases, the material was not certified as oxo-biodegradable, ‘the organisation not having competence to do it’, the researchers conclude.
– ‘The residues of oxo-biodegradable films produced after exposure to light do not continue to oxidise at ambient temperature in the absence of light.’ This is contrary, they say at CNEP, to what can be proved by determining the energy of activation of thermo-oxidation and by understanding the kinetics which must necessarily intervene.
– ‘Oxo-biodegradable polyolefins can give rise to toxicities.’ The CNEP team has found that the toxicity discussed appears only with contents at least 10 times higher than those used in formulations of oxo-biodegradable material.
– ‘It is not advisable to convert biosourced PE into oxo-biodegradable PE.’ In fact, the team counters, the biosourced PE is non-biodegradable and is likely to be a visual pollutant and macrotoxic in the marine environment. It thus appears desirable to make them acquire a biodegradable property.
The verdict is that research conducted into oxo-biodegradable materials since the year 2000 must be allowed to continue ‘without meeting non-scientific obstruction’. With regard to achieved scientific results, the CNEP team insists, it is not acceptable to oppose them based on ‘little or no proven facts’.

For more information, visit: www.cnep-ubp.com

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